Hello, c'est Romain, on se retrouve pour la 20e édition de brAInstorm.
Les entreprises utilisent l'IA partout, mais les gains financiers restent difficiles à mesurer.
OpenAI propose donc une nouvelle manière de calculer sa valeur, pendant que la Chine commence à encadrer les relations émotionnelles avec les chatbots.
Et pour finir, l'IA commence à sortir de nos écrans avec l'arrivée des premiers objets entièrement conçus autour des agents.
Bonne lecture.
1. La Chine réglemente les relations avec les IA
La Chine vient de faire entrer en vigueur sa première réglementation consacrée aux IA qui simulent une relation humaine continue.
Elle concerne les compagnons virtuels proposant du soutien, de l'écoute ou une présence émotionnelle par texte, image, voix ou vidéo.
Le problème existe déjà. Une étude menée pendant 28 jours montre que cinq minutes de conversation quotidienne avec une IA sur des sujets personnels ont réduit de 10,3 % la préférence des participants pour un soutien humain. Leur préférence pour l'IA a progressé de 11,6 %.
Une autre étude, menée pendant un an auprès de plus de 2 000 adultes, associe une utilisation plus fréquente des compagnons IA à une augmentation du sentiment de solitude.
Les résultats restent contrastés. Ces outils peuvent soulager temporairement une personne isolée ou traversant une période difficile. Mais cette aide peut aussi devenir une habitude, puis remplacer progressivement certaines interactions humaines.
En Chine, le phénomène possède déjà une longue histoire. XiaoIce, lancé par Microsoft en 2014, avait atteint plusieurs centaines de millions d'utilisateurs en construisant précisément des relations émotionnelles durables.
Les nouvelles règles imposent donc aux plateformes de détecter la détresse, de limiter les usages excessifs et d'intervenir dans les situations de crise. Elles doivent aussi éviter les mécanismes qui encouragent la dépendance ou détériorent les relations réelles de l'utilisateur.
ByteDance et Alibaba ont suspendu certaines fonctions de leurs assistants Doubao et Qwen au moment de l'entrée en vigueur des règles.
À terme : cette question concernera aussi ChatGPT, Claude et Gemini. Leur mémoire, leur voix et leur personnalité rendent progressivement la frontière entre assistant et compagnon beaucoup plus fine.
2. L'IA est partout, sauf dans les résultats des entreprises
En 1987, l'économiste Robert Solow constatait que les ordinateurs étaient visibles partout, sauf dans les statistiques de productivité.
Les entreprises investissaient massivement dans l'informatique, mais les gains économiques mettaient du temps à apparaître. L'IA traverse aujourd'hui une période similaire.
Les chiffres commencent à refroidir l'enthousiasme. Une enquête menée auprès de 2 850 dirigeants montre que 16 % des entreprises ont obtenu un retour négatif sur leurs investissements dans l'IA.
Pour 73 % des dirigeants, au moins une partie des dépenses a produit des résultats inférieurs aux attentes. Et 69 % constatent une augmentation du temps consacré à contrôler ou corriger le travail généré par l'IA.
Une personne peut produire une présentation en trente minutes au lieu de quatre heures. Mais son manager doit toujours vérifier les chiffres, corriger les erreurs et s'assurer que le document répond au besoin.
Le paradoxe se trouve ici. L'IA accélère des tâches individuelles sans améliorer automatiquement la performance globale de l'entreprise.
Les premiers ordinateurs ont réellement produit de la valeur lorsque les organisations ont transformé leurs méthodes de travail autour d'eux. Les anciens processus ont été reconstruits, les salariés formés et les responsabilités redistribuées.
L'IA demande la même transformation. Il faut revoir la circulation de l'information, les étapes de validation, la répartition du travail et la manière de mesurer les résultats.
Cette restructuration prend du temps. Distribuer des abonnements à ChatGPT ou Claude peut se faire en quelques semaines. Réorganiser une entreprise autour de l'IA demandera plusieurs années.
Une approche globale : les entreprises qui cherchent uniquement un gain immédiat risquent de réduire leurs budgets trop tôt. Une démarche progressive et centrée sur des processus précis offre davantage de chances de transformer le temps gagné en valeur réelle.
3. OpenAI invente « l'intelligence utile par dollar »
Sarah Friar, la directrice financière d'OpenAI, propose une nouvelle manière de mesurer le retour sur investissement de l'IA : « l'intelligence utile par dollar ».
Plutôt que de comparer uniquement le prix des modèles, les entreprises devraient mesurer le coût complet d'une tâche réussie.
Pourquoi maintenant ? Les directions financières commencent à demander des preuves. Après plusieurs années d'expérimentation, elles veulent savoir si les abonnements, les tokens et l'intégration de l'IA améliorent réellement les résultats.
Cette pression arrive à un moment important pour OpenAI. L'entreprise dépense encore énormément, prépare son introduction en bourse et doit convaincre que ses modèles les plus coûteux peuvent générer davantage de valeur.
OpenAI cherche donc à déplacer le calcul. Un modèle moins cher peut demander trois tentatives et une heure de vérification. Un modèle plus coûteux peut réussir du premier coup et mobiliser moins de temps humain.
L'entreprise propose de mesurer quatre éléments : le travail accompli, le coût de chaque tâche réussie, la fiabilité du résultat et l'évolution de la valeur lorsque l'utilisation augmente.
Une équipe juridique pourrait suivre le nombre de contrats correctement analysés. Un service client regarderait les problèmes résolus. Une équipe commerciale mesurerait les dossiers réellement avancés.
La méthode reste pertinente. Le coût réel comprend le modèle, l'abonnement, le temps de correction et les erreurs éventuelles.
Un indicateur favorable à OpenAI : l'entreprise préfère naturellement être comparée sur la qualité finale plutôt que sur le prix affiché. Chaque entreprise devra donc définir elle-même ce qu'elle considère comme une tâche réussie et lui attribuer une valeur concrète.
4. Canva ouvre le vibe coding à 265 millions d'utilisateurs
Canva Code 2.0 permet de créer un site ou une petite application depuis une simple consigne.
L'outil est maintenant accessible à toutes les formules, y compris aux comptes gratuits.
Concrètement, l'utilisateur peut partir d'un prompt, choisir parmi plus de 50 modèles ou importer une page HTML existante.
Le résultat se modifie ensuite comme un design Canva classique. Les couleurs, les textes, les images et les polices peuvent être changés manuellement ou avec une nouvelle consigne.
Les équipes peuvent également commenter, travailler ensemble en temps réel et intégrer directement leur charte graphique.
Canva répond ainsi à une limite fréquente du vibe coding. Des outils comme Lovable, Bolt ou Replit savent déjà produire rapidement des sites fonctionnels. Mais leurs créations présentent souvent les mêmes structures et les mêmes codes visuels.
Canva mise sur son éditeur et sa bibliothèque de plus de 120 millions d'éléments pour donner davantage de personnalité au résultat.
La première version de Canva Code aurait déjà servi à publier plus de 6 millions de sites en un an.
La distribution peut tout changer : avec 265 millions d'utilisateurs mensuels, Canva peut faire découvrir la création d'applications directement dans un logiciel déjà connu. Le passage de la création visuelle à la création logicielle devient presque invisible.
5. OpenAI prépare la sortie de l'IA hors de nos écrans
On attendait l'appareil développé par OpenAI avec Jony Ive, l'ancien responsable du design d'Apple à l'origine de produits comme l'iPhone, l'iPod et l'Apple Watch.
OpenAI a finalement commencé plus modestement avec le Codex Micro, un petit clavier lumineux vendu 230 dollars.
L'objet reste très spécialisé. Ses 13 touches permettent de surveiller plusieurs agents Codex, de connaître leur état grâce à des couleurs et de valider leurs actions.
Son intérêt vient surtout de la vision qu'il matérialise. OpenAI imagine un travailleur qui saisit moins de commandes et supervise plusieurs agents fonctionnant en parallèle.
Le Codex Micro marque aussi l'arrivée d'OpenAI dans le matériel. L'entreprise a dépensé environ 6,5 milliards de dollars pour acquérir io, la société fondée par Jony Ive, afin de développer une nouvelle génération d'appareils pensés autour de l'IA.
Un produit grand public sans écran pourrait être présenté avant la fin de l'année, avec une commercialisation envisagée en 2027. Il fonctionnerait principalement par la voix et pourrait intégrer des éléments mécaniques mobiles.
Une procédure judiciaire engagée par Apple pourrait toutefois ralentir le calendrier.
Si on prend un peu de recul, l'IA commence à sortir du navigateur et du smartphone. Jusqu'ici, nous utilisions ChatGPT ou Claude à travers des appareils conçus bien avant eux.
OpenAI veut désormais créer le matériel, l'interface et l'assistant en même temps. Le clavier à 230 dollars ressemble encore à un gadget, mais il donne un premier aperçu d'un monde où nos appareils seront conçus pour collaborer avec des IA plutôt que pour ouvrir des applications.
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